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Turf Topturf  PMU est un site professionnel français créé en 2001 spécialisé dans l’étude des courses hippiques avec support du pari tiercé quarté Quinté.  Turf 

1. Au milieu du chemin de notre vie 1, ayant quitté le chemin droit, je me trouvai dans une forêt obscure 2.

2. Ah ! que chose dure est de dire combien cette forêt était sauvage, épaisse et âpre, dans la pensée cela renouvelant la peur,

3. Si amère elle était, que guère plus ne l’est la mort ; mais pour parler du bien que j’y trouvai, je dirai les autres choses qui m’y apparurent 3.

4. Comment j’y entrai, je ne le saurais dire, tant j’étais plein de sommeil quand j’abandonnai la vraie voie.

5. Mais, arrivé au pied d’une colline, là où se terminait cette vallée qui de crainte m’avait serré le cœur,

6. Je levai mes regards, et je vis son sommet revêtu déjà des rayons de la planète qui guide fidèlement en tout sentier 4.

7. Alors apaisée un peu fut la peur qui jusqu’au fond du cœur m’avait troublé durant la nuit que je passai avec tant d’angoisse.

8. Et comme celui qui, sorti de la mer, sur la rive haletant se tourne vers l’eau périlleuse, et regarde ;

9. Ainsi se tourna mon âme fugitive pour regarder le passage que jamais ne traverse aucun vivant 5.

10. Quand j’eus reposé mon corps fatigué, je repris ma route par la côte déserte, de sorte que le pied ferme était le plus bas 6,

11. Et voici qu’apparut, presque au pied du mont, une panthère agile et légère couverte d’un poil tacheté 7.

12. Elle ne s’écartait pas de devant moi, et me coupait tellement le chemin que plusieurs fois je fus près de retourner.

13. C’était le temps où le matin commence, et le soleil montait avec ces étoiles qui l’entouraient, quand le divin Amour

14. Mut primitivement ces beaux astres ; de sorte que bien espérer me conviaient le gai pelage de cette bête fauve 8,

15. L’heure du jour et la douce saison : non toutefois que ne m’effrayât la vue d’un lion 9 qui m’apparut.

16. Il paraissait venir contre moi, la tête haute, avec une telle rage de faim que l’air même semblait en effroi.

17. Et une louve 10 qui, dans sa maigreur, semblait porter en soi toutes les avidités, et qui bien des gens a déjà fait vivre misérables.

18. Elle me jeta en tant d’abattement, par la frayeur qu’inspirait sa vue, que je perdis l’espérance d’atteindre le sommet.
19. Tel que celui qui désire gagner, lorsque le temps amène sa perte, pleure et s’attriste en tous ses pensers ;
20. Tel me fit la bête sans paix 11, qui, peu à peu s’approchant de moi, me repoussait là où le soleil se tait 12.
21. Pendant qu’en bas je m’affaissais, à mes yeux s’offrit qui 13 par un long silence paraissait enroué.
22. Lorsque, dans le grand désert, je vis celui-ci : — Aie pitié de moi, lui criai-je, qui que tu sois, ou ombre d’homme, ou homme véritable.

23. Il me répondit : « Homme ne suis-je, jadis homme je fus, et mes parents étaient Lombards, et tous deux eurent Mantoue pour patrie.

24. « Je naquis sub Julio 14, bien que tard, et vécus à Rome sous le bon Auguste, au temps des dieux faux et menteurs.

25. « Poëte je fus et chantai ce juste fils d’Anchise, qui vint de Troie, après l’incendie du superbe Ilion,

26. « Mais toi, pourquoi retourner à tant d’ennui ? Pourquoi ne gravis-tu point le délicieux mont, principe et source de toute joie ? »

27. — Serais-tu ce Virgile, cette fontaine d’où coule un si large fleuve du parler ? lui répondis-je, la rougeur au front.

28. O des autres poëtes honneur et lumière ! que me soit compté le long désir et le grand amour qui m’a fait chercher ton volume.

29. Tu es mon maître et mon père : à toi seul je dois le beau style qui m’a honoré.

30. Vois la bête à cause de qui je me suis retourné : sage fameux, secours-moi contre celle qui fait frémir mes veines et mon pouls.

31. « Il te faut prendre une autre route, répondit-il, me voyant pleurer, si tu veux sortir de ce lieu sauvage ;

32. « Car la bête qui excite tes cris ne laisse passer personne par sa voie, mais tellement l’empêche, qu’elle le tue.

33. « et sa nature est si méchante et si farouche, que jamais son appétit n’est rassasié, et qu’après s’être repue, elle a plus faim qu’auparavant.

34. « Nombreux sont les animaux avec qui elle s’accouple, et le seront plus encore, jusqu’à ce que vienne le Lévrier 15 qui tristement la fera mourir,

35. « Celui-ci ne se nourrira ni de terre ni d’argent 16, mais de sagesse, d’amour et de vertu, et sa patrie sera entre Feltre et Feltre 17,

36. « Il sera le salut de cette humble Italie 18 pour qui, blessés, moururent la vierge Camille, Euryale, et Turnus et Nisus.

37. « De partout il chassera la louve, jusqu’à ce qu’il l’ait remise en enfer, d’où premièrement la tira l’envie,

38. « je pense donc et juge que pour toi le mieux est de me suivre, et je serai ton guide, et hors d’ici je te conduirai par un lieu éternel,

39. « Où tu ouïras les hurlements du désespoir et tu verras les antiques esprits désolés, dont chacun à grands cris appelle une seconde mort :

40. « Et ceux qui dans le feu sont contents 19, parce qu’ils espèrent venir un jour parmi les bienheureux,

41. « Vers qui ensuite, si tu veux monter, te guidera une âme plus digne de cela que moi. Avec elle en partant je te laisserai,

42. « Parce qu’à sa loi ayant été rebelle, le Roi qui règne là-haut ne veut pas que par moi l’on vienne en sa cité.

43. « Partout il commande, et de là 20 il régit : là est sa demeure et son trône sublime. Heureux celui qu’à ce séjour il a élu ! »

44. Et moi à lui : — Poëte, afin que je fuie ce mal et des maux pires 21, je te demande, par ce Dieu que tu n’as point connu,

45. De me conduire là où tu viens de dire, pour que je voie la porte de saint Pierre, et ceux que tu représentes si tristes.

Alors il se mut, et je le suivis.

NOTES DU CHANT PREMIER

1-1. Dante suppose avoir commencé ce voyage allégorique, où il eut cette vision, en 1300. Il avait alors trente-cinq ans, qui forment la moitié de la vie ordinaire des hommes, comme il le dit dans le Convito, d’après la commune opinion qui remonte à David : — « Dies hominis septuaginta anni, les jours de l’homme sont de soixante-dix ans. » — Ps.

1-2. Par cette « forêt obscure, » les uns entendent les erreurs, les passions, les vices, dont est remplie la vie humaine ; d’autres, les discordes et les maux dont les querelles des Guelfes et des Gibelins affligeaient alors l’Italie ; d’autres, enfin, les misères que Dante eut à souffrir pendant son exil.

1-3. Avant de parler du secours que lui prêta Virgile, il faut qu’il raconte les dangers auxquels il se vit exposé.

1-4. Le « soleil qui se lève sur la colline, » c’est, selon la même allégorie, la lumière qui dissipe les ténèbres des passions, et, en montrant le droit chemin, ranime à la fois le désir et l’espérance d’y marcher.

1-5. Parce qu’il conduit au royaume des morts ; ou, selon d’autres, parce que les âmes abandonnées au vice sont des âmes mortes.

1-6. En montant, le corps s’appuie sur le pied qui est en arrière.

1-7. Ceux qui Interprètent ce qui précède en un sens politique, entendent par « la panthère », Florence qui repoussait Dante, condamné par elle au bannissement. Ceux qui, selon nous avec plus de raison, voient dans le récit du Poëte une allégorie générale de la vie humaine, pensent que la panthère représente les appétits des sens, la luxure.

1-8. Comment le « gai pelage » de la panthère qui empêche Dante de monter la colline, peut « le convier à bien espérer, » cela n’est pas facile à comprendre. Il parait bien que le gai pelage doit signifier ici les apparences flatteuses, les dehors séduisants de la passion ; mais cela n’ôte pas la difficulté, et le fond de la pensée reste toujours obscur.

1-9. L’ambition affamée d’honneurs et de pouvoir, disent les uns ; — Charles de Valois, qui conduisit en Italie les armées françaises, et les tourna contre les Gibelins, disent les autres.

1-10. Il faut sous-entendre m’apparut aussi. Selon les uns, la louve représente l’avarice ; — selon les autres, la Rome papale, chef du parti Guelfe.

1-11. Qui n’a jamais de paix, de repos.

1-12. Une certaine analogie entre les sensations perçues par les divers sens a introduit dans toutes les langues des locutions semblables. On trouve chez les Latins : Clarescunt sonitusrumore accensus amarovolvitur ater odor, etc. Nous disons aussi une voix sourdeun doux rayonune brillante harmonieune teinte chaude.

1-13. Dans notre vieille langue si libre et si riche, comme dans l’italien, qui s’employait pour quelqu’un qui, et nous avons encore certaines locutions analogues. Les vers suivants expliquent pourquoi le Poëte a dû se servir d’une expression vague pour désigner Virgile.

1-14. Sous Jules César.

1-15. Can Grande della Scala. Cancane, signifie chien. D’autres pensent qu’il s’agit d’Uguccione della Faggiola.

1-16. Il faut se souvenir que « la louve » représente l’avarice.

1-17. Les interprètes diffèrent sur la situation de ce lieu, suivant qu’ils voient dans « le lévrier » Can della Scala, ou Uguccione della Faggiola.

1-18. La partie basse de l’Italie, près de la mer, autrefois appelée Latium.

1-19. Les âmes du Purgatoire.

1-20. « De sa cité », c’est-à-dire du Ciel.

1-21. Le « mal qu’il veut faire », ce sont les vices représentés par la forêt sauvageépaisse et âpre, où il est engagé ; les « maux pires » sont les châtiments éternels auxquels ils le conduiraient.


CHANT DEUXIÈME

1. Le jour baissait, et l’air obscurci délivrait de leurs fatigues les animaux de la terre ; et moi seul

2. Je me préparais à soutenir les épreuves du chemin et de la pitié 1, que retracera la mémoire qui n’erre point 2.

3. O Muse, esprit sublime, maintenant aide-moi ! ô mémoire, qui en toi as gravé ce que je vis, ici paraîtra ta noblesse.

4. Je commençai : — Poëte qui me guides, avant de m’engager dans ce difficile passage, regarde si ma force est assez puissante.

5. Tu dis que l’ancêtre de Silvius 3, corruptible encore, alla vers le siècle immortel, et y entra revêtu du corps.

6. Si l’ennemi de tout mal 4, contemplant les hautes destinées renfermées en lui, qui et quel il était, lui fut propice, rien en cela ne paraît indigne à l’homme d’intelligence 5,

7. A l’égard de celui qui de l’auguste Rome et de son empire fut élu père dans le ciel ;

8. Laquelle et lequel furent, à dire vrai 6, établis pour être le lieu saint où siège le successeur du grand Pierre.

9. Durant ce voyage dont tu le glorifies 7, il entendit des choses qui furent cause de sa victoire et du manteau papal.

10. Puis y monta le vase d’élection 8, pour en rapporter confort à cette foi, principe de la voie du salut.

11. Mais moi, pourquoi y viendrais-je ? ou qui le permet ? Je ne suis ni Énée, ni Paul : digne de cela ni moi ni aucun autre ne me croit.

12. Si donc je me résous à venir, je crains que folle ne soit ma venue. Tu es sage et m’entends mieux que je ne discours.

13. Et tel que celui qui ne veut plus ce qu’il voulait, et par nouveaux pensers, changeant de dessein, renonce à commencer,